Idées reçues sur le voyage lent : ce qui est faux

Voyageur solitaire contemplant un paysage de montagne au lever du soleil

Le voyage lent traîne derrière lui un cortège de clichés. On l'imagine réservé aux âmes contemplatives, aux budgets extensibles ou aux calendriers vierges de toute contrainte. Chez Nomadia, où nous racontons depuis des années des traversées en Patagonie, des matins silencieux à Kyoto ou des routes solitaires en Islande, nous entendons régulièrement les mêmes malentendus. Il est temps d'y répondre, sans détour, pour redonner au slow travel sa juste définition : une manière d'habiter le déplacement, pas une case cochée sur une liste d'exigences.

« Voyager lentement, c'est ne rien faire »

C'est sans doute l'idée reçue la plus tenace. On imagine le voyageur lent allongé des heures durant, sans itinéraire, sans intention. En réalité, la lenteur n'est pas l'inaction : c'est un choix de rythme qui laisse la place à l'observation. Passer trois jours dans un même hameau patagonien pour comprendre la lumière qui change sur un glacier, ou revenir cinq matins de suite dans la même ruelle de Gion pour saisir l'instant juste, demande au contraire une discipline et une attention de tous les instants. Le voyage lent remplace la quantité de lieux visités par la qualité du regard porté sur chacun d'eux.

« Il faut des mois devant soi pour le pratiquer »

Le slow travel est souvent associé à de longues années sabbatiques ou à des tours du monde interminables. C'est confondre la durée du voyage avec sa manière d'être vécu. On peut voyager lentement pendant un week-end prolongé au Maroc, en choisissant de rester dans un seul riad plutôt que d'enchaîner les villes impériales. La lenteur est une posture intérieure avant d'être une question de calendrier : elle tient à la volonté de laisser un lieu se révéler, plutôt qu'à la longueur du séjour qu'on lui accorde.

« C'est un luxe réservé à ceux qui ont un budget illimité »

Paradoxalement, le voyage lent coûte souvent moins cher que le tourisme accéléré. Moins de transports internes, moins de logements changés chaque nuit, moins de visites payantes enchaînées à la hâte : ralentir revient fréquemment à dépenser moins, pas plus. Ce sont les billets d'avion multiples, les excursions organisées et les hôtels de transit qui pèsent sur un budget, bien davantage qu'un mois passé dans un seul village de montagne au Canada, à cuisiner sur place et à marcher plutôt qu'à réserver des navettes.

« Voyager lentement, c'est se couper du numérique »

Autre malentendu fréquent : on associe le slow travel à une forme de rejet technologique, presque monacal. Chez Nomadia, notre rubrique consacrée aux médias nomades montre au contraire à quel point les outils numériques — Google Discover en tête — ont transformé la manière dont les récits de voyage circulent et trouvent leur public. La lenteur ne s'oppose pas aux écrans ; elle s'oppose à la précipitation. Un carnet de voyage peut très bien être tenu sur un téléphone, publié en ligne et pourtant naître d'une observation patiente, loin de toute urgence.

« Le voyage lent exclut le soin de soi »

On imagine parfois le voyageur au long cours indifférent à son apparence, comme si la contemplation excluait tout rituel esthétique. C'est oublier que les longues traversées laissent aussi des traces sur les mains et les ongles, exposés au vent, au sel ou au froid, et que beaucoup de voyageuses retrouvent au retour le besoin de restaurer ce que le chemin a abîmé. Sur ce sujet précis, un dossier du magazine Glamour et Beauté consacré aux ongles, entre brillance maîtrisée et choix de faux ongles adaptés, est à consulter pour qui souhaite préparer ses mains avant le départ ou en prendre soin au retour d'une expédition. Le soin de soi n'a jamais été incompatible avec l'aventure ; il en est parfois le prolongement discret.

« C'est un choix réservé aux jeunes sans attaches »

On associe souvent le slow travel à une parenthèse de jeunesse, avant les responsabilités professionnelles ou familiales. Or nombre des récits que nous publions viennent de voyageurs installés dans une vie bien remplie, qui choisissent d'intégrer la lenteur par fragments : une semaine dans les Highlands plutôt qu'un city-trip, un mois sabbatique consacré à un seul pays plutôt qu'à trois continents. La lenteur se glisse dans les interstices d'une existence organisée, elle ne demande pas de tout abandonner pour l'adopter.

« Ralentir n'est pas un renoncement au monde, c'est une manière plus exigeante de le regarder. »

Ce que le voyage lent est réellement

Débarrassé de ces malentendus, le voyage lent apparaît pour ce qu'il est : une attention portée au temps, aux détails, aux silences entre deux étapes. C'est cette philosophie que nous cultivons, article après article, à travers nos carnets de voyage et nos échappées belles. Pour prolonger cette réflexion et découvrir d'autres récits construits sur cette même exigence de lenteur, retrouvez l'ensemble de nos rubriques sur la page d'accueil de Nomadia, entre Patagonie, Japon et destinations encore à raconter.